Quelques minutes après minuit : du livre au film, une expérience difficile mais puissante

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Quelques minutes après minuit de Patrick Ness (Gallimard, 2016) et le Blu-ray du film de J.A. Bayona (2017)

C’est le livre de Patrick Ness dont on a le plus entendu parler, notamment à l’occasion de la réédition du texte dans une belle version reliée et collector en 2016, et de la sortie du film au cinéma en janvier 2017.

Un livre que j’avais souhaité acquérir lors du salon de Montreuil, dans son édition de 2012, mais qui avait été tant convoité qu’il n’en restait plus un seul x) J’ai par la suite eu la chance de le trouver d’occasion dans son édition collector, et c’est ainsi qu’il a rejoint ma bibliothèque !

> Un récit poignant qui questionne la complexité des sentiments humains

Je ne connaissais que vaguement le propos de l’histoire, mais je savais qu’elle traitait du sujet sensible qu’est la maladie et la perte de la mère de Connor, le personnage principal. D’emblée, j’avais donc conscience que cette lecture n’allait pas être facile.

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De fait, le récit est assez cru, parfois violent, dans les mots comme dans les pensées qu’il véhicule, et n’épargne en rien le lecteur qui se retrouve face à un personnage principal rongé par la peur, la colère, et le cauchemar. Tout est mis en scène à la mesure du drame que vit Connor.

Le travail apporté à ce personnage est particulièrement saisissant et subtile, dévoilant son caractère et la nature des sentiments qui le hantent comme on dénoue un enchevêtrement de nœuds, pour aboutir à la « vérité », cette vérité que réclame le Monstre et que Connor nie puis n’ose pas avouer.

Il me semble par ailleurs intéressant de souligner l’emploi de la forme du conte dans les histoires que le Monstre narre au jeune garçon. Ces moments de tête-à-tête et d’enseignement renvoient directement à la tradition du conte oral, dans toute sa moralité, sa sagesse, et son aspect effrayant également.

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Le lien qui unit Connor et ce Monstre qu’il a lui-même appelé auprès de lui, est véritablement le cœur du roman et c’est là que réside à mon sens l’ingéniosité et la profondeur du propos.
Patrick Ness joue sur le merveilleux (je parle de « merveilleux » car jamais Connor ne remet en cause l’existence de cet être surnaturel qu’est le Monstre) pour nous faire entrer dans les mystères de l’esprit humain et de toute sa complexité.

Quelle est la nature du dilemme qui se joue dans la tête et le cœur de Connor ? Le dénouement n’en est que plus cruel et nous laisse presque essoufflé d’avoir tant souffert à ses côtés, d’avoir tant crié « Pourquoi ? ». Cruel, mais non moins emprunt de soulagement.

Ce roman tisse sous nos yeux le parcours initiatique et moral de Connor, son combat intérieur, entre déni et acceptation, et le gain d’un apprentissage qui n’est autre que celui de savoir reconnaître ses tourments, et de faire face à la part d’ombre qui se cache toujours en nous, sans chercher à  l’occulter mais plutôt à la comprendre et à la tolérer.

> Des illustrations à la hauteur du texte

Jim Kay a su illustrer et accompagner les mots de ce roman à la perfection. Il a réalisé un travail graphique impressionnant en n’utilisant presque exclusivement que de l’encre, en travaillant des motifs d’éclaboussures, de tâches, et les diverses textures qui lui tombaient sous la main.
En résultent des compositions saisissantes, notamment lors des scènes entre Connor et le Monstre. Ses traits d’encre noirs et ciselés envahissent les pages telles des branches d’if effilées, tracent des ombres menaçantes et sèment çà et là de minutieux détails tout droit sortis du récit. Autant le dire, ces illustrations sont pour le moins effrayantes, mais elles transcrivent véritablement l’ambiance qui se dégage du texte.

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> De la lecture au visionnage

Cette lecture a eu deux effets importants sur moi : me faire réfléchir sur l’origine des sentiments, souvent contradictoires, qui naissent en nous, mais également me guérir un peu de mon histoire personnelle, très proche de celle de Connor.

Le film de Juan Antonio Bayona été la suite logique et l’aboutissement de cette expérience presque introspective, puisqu’il retranscrit en images de manière très fidèle, à quelques petites exceptions près, le scénario du livre (en même temps, avec Patrick Ness aux commandes du scénario, le film ne pouvait qu’être fidèle au livre !).

Lewis MacDougall (qui est irlandais 😀 et qui j’avais découvert dans Pan) y est particulièrement émouvant dans le rôle de Connor. Les scènes qui réunissent mère et fils m’ont émue aux larmes, et Sigourney Weaver fait des apparitions très émouvantes en grand-mère tiraillée entre la douleur de perdre sa fille et la responsabilité d’éduquer son petit-fils. On ressent une certaine maladresse qui la rend extrêmement touchante.

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Lewis MacDougall dans le rôle de Connor

La lecture de ce roman, bien que peu aisée du fait du sujet qui y est traité, a été pour moi une véritable mise à l’épreuve, dans le bon comme dans le mauvais sens. Le film m’a laissée davantage écorchée vive, tant le jeu des acteurs et les images montrées étaient émouvantes. Parce que l’histoire de Connor a eu ce rôle salvateur et de consolation, Quelques minutes après minuit restera pour moi un livre chéri et très important.

Un œuvre puissante et grande, difficile certes, mais hautement élévatrice.

Si vous avez apprécié ce roman, je ne peux que vous conseiller le visionnage du film. Mais dans le cas où vous seriez sensible, évitez de le regarder seul(e) ^^’ (j’aurais bien voulu avoir quelqu’un pour me serrer dans ses bras à la fin de la séance).
Je suis d’ailleurs très curieuse de connaître les avis de celles et ceux qui l’auraient vu et si, comme moi, vous avez apprécié la grande fidélité au texte, ou si au contraire cela vous a déçus 🙂

Je tiens pour finir à remercier Patrick Ness d’avoir cru en ce projet éditorial initié par Siobhan Dowd (il faut lui rendre hommage), malheureusement décédée avant d’avoir eu le temps de le réaliser, et d’avoir rendu possible sa publication, ainsi que son adaptation cinématographique.

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29 réflexions sur “Quelques minutes après minuit : du livre au film, une expérience difficile mais puissante

  1. Le petit smiley à côté de « irlandais » qui veut tout dire ^^

    Aaaaah, Jim Kay…. ♥ 😉

    Je n’ai pas lu ce roman (ni vu le film…), mais il me fait tellement envie !

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    1. Haha tu as tout compris xD
      Ce n’est peut-être pas le roman à lire alors que les beaux jours reviennent seulement mais j’espère que tu trouveras le temps de le lire parce qu’il le mérite vraiment, aussi triste soit-il 🙂

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  2. Ta chronique est magnifique, tu as un sacré talent pour l’écriture !

    J’ai beaucoup vu passer ce livre, qui me tente beaucoup, même si je vais essayer de me calmer un peu sur les livres dramatiques, c’est toujours hyper poignant mais je m’en remets difficilement –‘

    La version collector a l’air sublime 🙂

    Bisouuus

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  3. Ce livre est juste un merveille. Qu’est-ce qu’il est dur,mais qu’est-ce qu’il est beau…
    J’ai beaucoup aimé le film, j’ai été ravie par sa fidélité au livre. Les acteurs étaient très convaincants tout comme le monstre (c’était d’ailleurs ma plus grande crainte). Je trouve également très belles, les scènes relatant les contes !

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  4. J’ai adoré le livre, je suis toujours en train de me convaincre qu’il faut que je voie le film. Je suis sûre que je vais l’aimer, mais je prévois déjà d’être dévastée à la fin… Pas très réjouissant 😛

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  5. J’hésite à lire ta chronique, j’hésite à lire ce livre et j’hésite à regarder ce film… c’est un thème qui me touche particulèrement du coup j’ai peur de perdre pied. pourtant j’ai entendu énormément de bons retours ! Peut être plus tard, il attend sagement dans mon tiroir spécial PAL !

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    1. Les bons retours ne suffisent pas, il faut bien évidemment que tu te sentes prête à franchir le pas, et je le comprends tout à fait 🙂
      La question ne s’est pas tellement posée pour moi, je dois l’avouer, car je souhaitais vraiment lire le livre avant de voir le film, du coup je me suis lancée sans trop me poser de questions ^^’
      Je dois dire qu’au final, c’est le film qui m’a le plus ébranlée, sans doute parce que l’on se retrouve face à des êtres humains qui, même s’ils jouent un rôle, ressentent ce qu’on a pu ressentir en expérimentant ce genre de drame. C’est comme se retrouve un peu face à un miroir. Je l’ai pourtant acheté en Blu-ray, mais je pense que je ne pourrai jamais revoir ce film seule (à moins d’être un peu maso xD).
      Tout ça pour dire que, si tu ne sens pas que c’est le bon moment, ne te force surtout pas 🙂
      Mais si un jour tu en as l’occasion et que tu en as envie, n’hésite pas non plus car qu’on l’ait vécu ou pas, je considère que c’est important d’arriver à s’y confronter, et ça peut aider à panser des plaies aussi.

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  6. Conclusion : Patrick Ness est un dieu littéraire. Oui, oui.
    Bravo pour cette très belle chronique !
    J’avoue avoir trouvé le film un peu trop spectaculo-grandiloquent à l’américaine sur le traitement des émotions. Par contre les effet spéciaux sont oufissimes et le jeu des acteurs assez bon en effet ! La mère n’était pas très subtile non ?
    Merci pour ce bel article.

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    1. Je n’aurais pas dit mieux !
      D’ailleurs j’ai chez moi « Nous autres simples mortels » qu’il faut que je lise ! As-tu lu d’autres de ses livres d’ailleurs ?
      Effectivement, le jeu de l’actrice (j’ai oublié son nom) n’était pas des meilleurs, ça m’a fait tiquer à plusieurs reprises mais Lewis MacDougall rattrapait tout donc bon 🙂

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      1. Je n’ai pas lu celui-ci mais j’ai bien entendu lu Le Chaos en Marche… tu as lu cette trilogie ??
        Oui il est super cool 🙂 c’est Felicity Jones il me semble (qui est superbe dans The Theory of Everything !!!)

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  7. Tout à fait d’accord ! Le livre m’a laissée bouleversée et j’ai trouvé le film très juste. J’avais beau connaître la fin, je me suis retrouvée dans le même état.
    Les acteurs étaient très bien, j’avais peur de la qualité du monstre, que je préfère quand même dans les illus, et j’ai apprécié les changements de style pour les histoires… Très fidèle et beau, même si j’aurai toujours une préfèrence pour le livre !

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