D’un trait de fusain, étreindre la vie…

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D’un trait de fusain, Cathy Ytak (Talents Hauts, 2017)

Je continue de vous parler de mes lectures du service de presse reçu de la part des éditions Talents Hauts avec le nouveau roman de Cathy Ytak qui paraît aujourd’hui, 21 septembre, dans vos librairies, et dont l’histoire est construite autour d’un thème important, qui n’est pas le plus courant en littérature jeunesse : le sida.

J’ai découvert la plume de Cathy Ytak il y a peu, avec l’enchanteur Retour de la demoiselle, (publié en 2011 par L’école des loisirs), une fable écologique sur fond de musique celtique, et je m’étais promis de garder le nom de cette autrice en tête. J’étais donc ravie de recevoir son nouveau roman, que j’ai abordé avec admiration et mes souvenirs du film 120 battements par minute (de Robin Campillo) que j’avais vu en salles peu avant ma lecture.

En deux après-midis, j’ai laissé Marie-Ange (Mary), Monelle, Vincent, Sami et Joos me raconter leur amitié et leurs amours, leur manière de voir la vie, de l’imaginer et de la construire… Et surtout comment appréhender une telle maladie.
Les incertitudes sont immenses, tout bascule, le miroir se retourne et les voilà soudain malmenés par une fatalité désarçonnant tout sur son passage.

Quand l’impuissance gagne du terrain, il faut agir, peu importe la façon. Mary est l’incarnation de cette action morale, physique, émotionnelle qui agite le destin et tente d’aider, de comprendre, de soutenir. À ses côtés, c’est aussi une partie des actions de la fameuse association Act Up, créée en 1989,  que le lecteur découvre.

Cathy Ytak met ses personnages à nu, à l’image des modèles qui viennent poser dans leur cours de dessin, en nous propulsant au plus près de leurs émotions, au moyen de son écriture précise, dépouillée, et parfois incisive.

Il n’est pas seulement question du combat contre la maladie, même s’il reste central. Autour de lui gravitent d’autres batailles tout aussi importantes : l’acceptation de son propre corps, la découverte du désir, la lutte contre les préjugés et l’étroitesse d’esprit, la construction d’un chemin d’avenir personnel
Et toujours, malgré la peur, ces envies d’espoir, ces sourires qui étreignent la vie, l’accueillent et la remplissent.

D’un trait de fusain est de ces livres forgerons qui nous soulèvent, nous aident à supporter davantage nos angoisses et à embrasser l’existence comme on embrasserai la personne que l’on aime le plus au monde : avec passion et confiance.
La mort, j’en tremble rien que d’y penser. Mais peut-être maintenant, après y avoir fait face aux côtés de ces âmes de papier, ai-je rassemblé suffisamment de force et d’assurance pour être capable de la regarder d’égal à égal.

« Je suis persuadé que la mort, jamais, n’arrêtera nos voyages. »

Je n’étais qu’un bébé à la fin de la période qu’on appelle les « années sida », et même en ayant reçu les enseignements de la prévention une fois au collège/lycée et en étant confrontée à la nécessité du dépistage lorsque j’ai rencontré mon amoureux, c’est véritablement grâce à ces deux œuvres offertes presque simultanément au public que sont D’un trait de fusain et 120 battements par minute que j’ai appris à connaître ce syndrome d’immunodéficience acquise, ses ravages passés et présents (car environ 150 000 personnes sont séropositives au VIH aujourd’hui en France, sans compter les milliers d’autres qui sont porteuses du virus sans le savoir) et les actions populaires dont il a fait l’objet.

Il est important que les jeunes lecteurs prennent connaissance de ces années de lutte qu’ils n’ont pas connues, et sachent que cette maladie sévit toujours alors qu’elle peut être prévenue de manière simple…

« Dis-leur qu’on croit toujours que la jeunesse nous protège de la mort, et que c’est pas vrai, pas vrai du tout.
Dis-leur, Mary, que j’ai passé des nuits à hurler en silence, de désespoir et de terreur quand j’ai découvert pour de bon ce que c’était que d’être mortel. »

Lisez et faites lire D’un trait de fusain, c’est un livre pilier, comme tous les autres livres jeunesse avant lui qui ont abordé cette maladie.

Merci à Cathy Ytak pour cette leçon de courage, d’humilité et de vie livrée par l’écriture.
Et merci de nouveau aux éditions Talents Hauts pour cet envoi.


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