Le peuple du chemin : l’homme sauvage n’est pas celui que l’on croit

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Le peuple du chemin, Marion Achard (Talents Hauts, 2017)

Les oiseaux lecteurs qui suivent la page Facebook du blog le savent déjà, j’ai reçu cet été mon tout premier service de presse en provenance des éditions Talents Hauts, que je remercie de tout cœur pour leur confiance (merci également à toi, Tom, si tu lis cet article).

Ce SP comportait deux albums et deux romans (vous les verrez plus en détail lors de l’article book haul du mois d’août qui arrive à grand pas), dont ce poignant petit roman de Marion Achard, Le peuple du chemin.

Mon mois d’août ayant été un peu bousculé par des préoccupations familiales, cette chronique sort un peu plus tard que prévu ; je rattrape donc toujours mon retard de publication, autant vous dire que j’ai intérêt à passer mes prochaines journées à ne rien faire d’autre que lire (ce qui ne sera pas pour me déplaire !).

Passons aux choses sérieuses. Car c’est d’un sujet important que nous parle ce roman, et qui me terrorise jour après jour, alors même que j’apprends ce qui a pu se passer durant les siècles précédents, ce qui se passe actuellement au XXIe siècle, et ce qui se passera par la suite, inévitablement.

Inspirée par un événement tragique survenu en 2013 dans la forêt amazonienne, Marion Achard nous raconte en un peu moins de 100 pages le destin bousculé de deux fillettes Indiennes, Daboka et Loca.

Avec juste ce qu’il faut de mots pour s’émerveiller des trésors de la nature, ou trembler de rage devant la cruauté des hommes, l’autrice tire le lecteur par la manche, le propulsant aux côtés des deux jeunes victimes d’une modernisation barbare dans une contemplation impuissante et désolante des événements.
Les dialogues des étrangers hispanophones, non traduits, élargissent encore davantage le point de vue des fillettes au travers duquel le lecteur vit le récit (bon, je comprends l’espagnol, mais j’ai apprécié ce détail).

Simples mais non moins immersives, les descriptions de l’environnement jusque-là préservé des Indiens d’Amazonie ainsi que leur relation à la faune et la flore révèlent une sensibilité particulière et une considération tout autre du corps et de l’esprit dont sont capables ces peuples éloignés de toute forme d’industrialisation et que je leur envie énormément.
La contemplation remplace l’agitation. Le silence règne sur le bruit. L’osmose entre homme et nature se lit dans chaque geste, chaque parole, chaque pensée des personnages.

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Je me prends de plus en plus souvent à souhaiter que l’homme ne soit pas allé aussi loin dans la grande marche du progrès. Il a voulu faire le tour de la Terre, et plus encore, mais n’en ont pas résulté que de l’innocence et du respect, loin de là.

L’autre jour, je dévorais avec une consternation grandissante et moults hochement de tête un article de Héctor Abad publié dans Le magazine littéraire, et qui traitait du même problème de fond, à savoir la résistance contre ce que ce monsieur nomme la « dévastation de Gaïa ».

Le destin brisé de Daboka et Loca est profondément lié à cette surconsommation permanente, à cette exploitation de masse des ressources de la planète, qui ne fait que croître toujours plus, et qui ne risque pas de prendre fin de sitôt.
La conscience collective s’éveille avec torpeur à l’écologie et aux menaces qui se profilent à l’horizon pour notre environnement, mais peu de personnes mentionnent les pires crimes commis par l’homme au nom d’un enrichissement toujours plus convoité.

La destruction et l’aveuglement sont peut-être inévitablement ataviques chez l’homme…

Heureusement, la littérature est de ces agents de résistance qui montrent, dénoncent, parlent, encore et encore, pour que les gens et surtout les jeunes agissent aujourd’hui et maintenant, pour tenter d’éviter le naufrage.
Le peuple du chemin est de ces livres percutants qui mettent à nu les conséquences de la barbarie et de l’avidité de l’homme.

Les superbes mots de Daboka, à la fois plein d’espoir, d’interrogation, d’assurance et d’incertitude, n’ont pas manqué de me donner les larmes… parce que je suis des cœurs pessimistes qui tentent de se rassurer mais redoutent déjà bien trop l’avenir.
Quoi qu’il en soit, ils posent une grande question à laquelle chacun pourra tenter de répondre

«  Ils ne pourront pas couper tant d’arbres. Ils ne pourront pas ouvrir tant de routes. (…) Ils savent bien que pour préserver la vie, ils ont besoin de l’esprit de la forêt. (…) Ils le savent et ils ne détruiront pas tout.

Crois-tu qu’ils sont fous ? »

 

J’applaudis bien fort Marion Achard et les éditions Talents Hauts, pour l’écriture et la publication de cette histoire.

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10 réflexions sur “Le peuple du chemin : l’homme sauvage n’est pas celui que l’on croit

  1. Je ne sais pas ce que vaut le livre, mais ta chronique est à la hauteur me semble t il 🙂 Ca fait super envie, mais ma PAL vient de se prendre +15 dans les dents, donc ça ne va pas être pour tout de suite ^^
    (mais ça fait quand même super super envie)

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  2. WAOUH.
    Merci pour cette belle chronique, très touchante, juste et pertinente. J’ai tout autant (et sincèrement) aimé ce livre que toi qui entre dans mes meilleures lectures de l’année !
    Il FAUT que tu lises Sirius de Stéphane Servant qui te plaira énormément : une belle histoire, une grande poésie et une prise de conscience et un engagement à la réflexion très, très forts… comme pour ta lecture du Peuple.

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    1. Je suis ravie que ma chronique te plaise, merci d’être passé 🙂
      Je n’ai pas encore pris le temps de lire ton article sur Sirius, mais étant donné que tu as l’air de vivement le recommander je crois que je vais devoir le glisser dans la wishlist x)
      Je l’avais repéré dans les magazines de rentrée littéraire, mais même après avoir lu le résumé je n’étais pas trop sûre qu’il pourrait me plaire… Alors si tu me dis que je peux y trouver des réflexions similaires à celle du Peuple du chemin, je vais finalement me laisser tenter je pense 🙂

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  3. Une chronique qui donne décidément envie et qui me rappelle que je vais bientôt faire une commande pour la médiathèque et que ce titre mériterait d’être dedans. En plus c’est un sujet important et que les jeunes sont plutôt sensibles à celui ci donc tentons de leur donner envie de se battre.

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