Autour d’un conte/物語について #1 : Issunbôshi

issunboshi
J’initie aujourd’hui un petit rendez-vous sympathique en deux temps autour de contes japonais (il y en aura peut-être d’autres à l’avenir), avec pour support différents albums édités en France et proposant des réécritures de ces textes.
Ces réécritures, que j’ai eu l’occasion de comparer lors de la rédaction de mon mémoire, je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de vous les présenter, afin de vous donner un petit aperçu des diverses manières d’aborder un même conte.

Le format du conte ou de la légende se prête particulièrement bien à ce genre d’analyse puisque les réécritures sont souvent très nombreuses, pour peu que le texte dont il est question soit populaire chez nous.
D’ailleurs, j’ai remarqué combien les contes tels que Momotarô (dont je vous avais présenté une version dans cet article), Issunbôshi ou Urashima Tarô semblent appréciés en France, en raison des multiples réécritures qui existent, alors que d’autres textes japonais importants comme Taketori Monogatari (notamment appelé « le conte de la princesse Kaguya ») ou bien Kasa Jizô (que je traduirais bien par « Les jizô au chapeau ») ont une visibilité quasi nulle dans le paysage éditorial (déjà que ce n’est pas évident de faire connaître ces contes au grand public…).

J’espère donc que le futur de l’édition laissera davantage de place à ces autres contes, et en attendant, allons faire un petit tour du côté des aventures d’Issunbôshi.

Issunbôshi, c’est ce petit garçon haut comme un pouce né du souhait d’un couple de vieux sans enfant, qui va parcourir le monde, sauver une damoiselle en détresse des griffes d’un vilain démon très moche, auquel il chipera un maillet magique qui lui permettra de grandir soudainement et, éventuellement, d’épouser la belle, tout cela sans jamais se formaliser de sa minuscule taille. Belle leçon de vie, n’est-ce pas ?

Les trois albums que je vous présente sont les suivants :

> Issun Bôshi – Icinori (Actes Sud Junior, 2013)

> Issunbōshi, l’autre Tom Pouce – Céline Lavignette-Ammoun et Marie Caillou (Flammarion, 2015)

> Issunbôshi, le petit samouraï – Alice Brière-Haquet et Sanoe (Nobi Nobi, 2016)

(On remarquera les variantes propres à l’onomastique du nom Issunbôshi, mais c’est un sujet sur lequel je ne m’étendrai pas ici et maintenant, même si je sais que vous en mourez d’envie.)

81x2dvFzAALCommençons avec l’album édité par Flammarion, qui présente d’emblée Issunbôshi comme une version japonaise du héros britannique Tom Pouce. Quant à savoir si les contes s’influencent entre eux ou se répondent d’un continent à l’autre du point de vue de leur caractère universel, la question se pose. En tout cas Wikipédia semble dater Issunbôshi bien plus antérieurement que Tom Pouce.
Mais pour parler véritablement de cet album, qui a recours à des aplats de couleurs très franches (le jaune est particulièrement présent, jusque sur les pommettes des personnages), il respecte le déroulement de la narration la plus courante du conte, tout en n’omettant pas de faire référence à la culture japonaise dans les tenues des protagonistes, les habitations ou encore la végétation.

Je ne suis d’ordinaire pas vraiment réceptive à ce type d’illustration, néanmoins j’aimerais vous montrer deux pages dont j’ai beaucoup apprécié la composition :

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Un seul petit détail me chiffonne : la manière dont est désigné le maillet magique, qui est ici nommé « maillet d’Uchide », faisant de « uchide » (les termes exacts étant uchide no kozuchi) une sorte de nom propre alors qu’il s’agit d’une forme verbale contractée que l’on pourrait traduire par « faire apparaître ».
Je pinaille bien entendu, et cette petite incongruité n’empêchera nullement le lecteur d’apprécier l’album, qui a été une belle découverte pour moi !

→ Une version pétillante et graphique du conte, dont le grand format et les couleurs vives ne manqueront pas d’attirer les jeunes lecteurs.

 

81VMVAHBbsLCe deuxième album fait partie de la fameuse collection Soleil Levant des éditions Nobi Nobi, qui comporte une belle diversité de contes japonais. Je l’avais remarqué l’année dernière au salon de Montreuil, car il me semblait se différencier des autres par le caractère de ses illustrations. Impossible de ne pas penser à la gracieuse Arrietty du film de Hiromasa Yonebayashi face à cette première de couverture envahie par des feuilles épaisses et gorgées de rosée. Chaque double page est dotée d’une composition recherchée, de couleurs incroyablement variées, et d’une texture qui nous donne l’impression d’avoir les originaux devant les yeux. Le texte d’Alice Brière-Haquet, doté de riches descriptions, joue sur la relation entre les mots « petit » et « grand » et narre avec grâce l’aventure de notre héros. La culture japonaise y est majoritairement mise en avant jusque dans la mention de certains lieux, ce qui parfait l’univers dans lequel est plongé le lecteur.

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→ C’est mon coup de cœur de cette sélection. La matérialité des illustrations et la beauté du texte constituent les deux points forts de cet album. Seul petit bémol à mes yeux : le manque d’expressivité de la princesse. Mais ce détail ne saurait m’empêcher d’apprécier ce livre dans son intégralité.

 

81B9PfhiX7L.jpgRéalisé à partir d’impressions en sérigraphies et imaginé par le duo de dessinateurs Mayumi Otero et Raphael Urwiller, ce troisième album est sans aucun doute le plus singulier. L’utilisation de couleurs chaudes souligne un certain orientalisme qui pourtant se confond parfois avec des représentations presque amazoniennes de la nature. La culture japonaise se retrouve dans certains détails vestimentaires ou dans des compositions de paysage dignes d’une estampe, mais cet album est globalement le plus neutre des trois en tant qu’il laisse la place à une certaine familiarisation de l’histoire et de son contexte. Le texte ne fait d’ailleurs référence à aucun mot du lexique japonais, excepté lorsqu’il mentionne le Uchide no Kozuchi (le maillet magique d’Uchide avec lequel Issunbôshi trouve une taille normale).

Le tout donne un aspect très moderne et graphique au conte, s’éloignant quelque peu de certains détails narratifs que l’on retrouve couramment : ici la princesse est simplement une « jeune fille », et Issunbôshi entreprend lui-même de se changer en jeune homme à l’aide du maillet magique. L’épilogue offre par ailleurs une fin davantage ouverte au conte tout en la nuançant.

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→ Une belle création qui vaut le détour et permet de s’éloigner des représentations traditionnelles.


J’espère que ce nouveau genre d’article vous aura plu et vous aura permis de découvrir un peu le conte Issunbôshi si vous ne le connaissiez pas encore !

Si l’idée vous parle, n’hésitez pas à la reprendre à votre tour pour présenter et comparer des réécritures contes, qu’ils soient orientaux, occidentaux ou d’ailleurs !
À très vite pour un nouvel article « Autour d’un conte » !

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15 réflexions sur “Autour d’un conte/物語について #1 : Issunbôshi

  1. Très très chouette article, j’adore l’idée et j’ai apprécié découvrir ce conte que je ne connaissais pas.
    Esthétiquement, je préfère le second (ton coup de cœur). Il est facile à trouver en France ? J’aimerai bien le rajouter à la liste d’achats pour l’école ^^

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  2. Article super intéressant, comme à chaque fois que tu nous parle du Japon ou de ce qui y a trait ^^ J’aime beaucoup les graphismes des trois albums, avec peut-être une préférence pour ceux du premier 🙂

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    1. Je te remercie beaucoup :’)
      Au début je n’étais vraiment pas attirée par le premier album quand je l’ai emprunté, mais à force de le lire et d’étudier les illustrations qu’il contient, j’ai fini par lui trouver un certain charme.

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