#3 Challenge 12 mois/amis/livres : Quand je me suis arrêtée de manger

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Quand je me suis arrêtée de manger de Léa Mauclère (City Éditions, 2014)

Jusqu’ici, je me débrouille bien pour tenir mon challenge de l’année (sur une idée des blogs La Voix du Livre et Allez vous faire lire), j’espère que ça continuera comme ça !

La lecture du mois de juin avait ceci de particulier qu’il s’agissait d’un témoignage sur les TCA (Troubles du Comportement Alimentaire), et en l’occurrence l’anorexie et la boulimie.
Il m’a été recommandé par mon amie Charlotte, que je remercie pour son courage, sa franchise et ses réponses à mes questions post-lecture, car ce livre est d’autant plus important qu’il parle d’un sujet très délicat, encore trop peu connu, et c’était aussi le moyen pour moi de me confronter plus précisément à cette maladie et de mieux comprendre ce qu’a pu vivre mon amie.

Encore une fois, pour que ce challenge, qui nous permet principalement de dialoguer avec nos amis sur les livres importants pour eux, puisse faire véritablement sens, je donne la parole à mon amie Charlotte qui ouvre donc la chronique par le court récit de son expérience avec ce livre :

« Après des années de lutte contre mes troubles du comportement alimentaire, j’ai décidé de me battre. J’ai donc fait quelques recherches sur internet afin de trouver des témoignages de filles ayant elles-mêmes vécu l’enfer des TCA. Je suis donc tombée sur le livre de Léa Mauclère dont le titre m’a tout de suite interpelée : « Quand je me suis arrêtée de manger ».

Ce livre m’a permis de me rendre compte que je n’étais pas la seule à souffrir de cette maladie complexe et que malgré les difficultés il y a toujours moyen de sortir la tête de l’eau. Il m’a également permis de comprendre certaines choses vis-à-vis de cette pathologie et de mieux comprendre pourquoi je suis tombée dedans à l’âge de 16 ans. »

Tout d’abord, j’aimerais parler sans détour des conditions dans lesquelles j’ai amorcé cette lecture et ce que j’ai pu ressentir pendant que je lisais et m’informais sur cette maladie.
Je savais pertinemment que je me lançais dans une expérience peu anodine, et que je n’allais sans doute pas en ressortir pareille à celle que j’étais avant de m’y lancer. Le fait est que, sans avoir jamais eu de TCA, je me sentais un tant soit peu concernée par ce sujet de poids, de corps, d’image de soi. Je ne me pèse pas tous les jours, loin de là, mais depuis que j’ai pris 1,5 kg ces derniers mois (inactivité étudiante de fin d’année, merci) j’ai commencé à faire une petite fixette sur mon poids, agacée que j’étais d’avoir dépassé la barre des 54 kg.
1,5 kg, je le sais et vous me le direz sûrement, ce n’est rien (et d’ailleurs je me suis pesée l’autre jour, et ai constaté que j’étais redescendue à 53 kg, mystère). Mais je me suis rendue compte que c’est exactement le même type de situation qui a favorisé chez l’autrice cet engrenage de la maladie dont elle n’a pu tenter de se sortir que bien des années après. C’est dire combien la frontière entre soi-même et ce gouffre est parfois très mince.
Je ressentais le besoin de parler de cela en préambule (oui, ça fait un long préambule pour le coup), même si je pense avoir dépassé l’âge où ce genre de troubles peut survenir, car le danger se trouve toujours là où on ne l’attend pas. Et d’ailleurs, je me demande malgré tout s’il est possible que la maladie survienne chez des personnes de plus de 20 ans, étant donné qu’on la considère généralement comme une maladie adolescente…

Je pense que ce genre de témoignage est le meilleur moyen d’évacuer les idées reçues et de tenter de se mettre dans la peau de la personne en proie à ce que l’on connait mal. J’ai ressenti parfois cette même impuissance que celle que je ressentais lorsque mon amie se battait et que je ne pouvais rien faire pour l’aider.

Chez Léa, c’est comme si deux forces s’opposaient : l’une souhaite véritablement aller mieux mais l’autre redoute cela et se complait dans cette descente aux enfers. Ce qui est caractéristique de son expérience, à mes yeux, c’est son rapport au statut scolaire, intellectuel, qui est évoqué tout au long du roman. Léa est une élève brillante, dévouée toute entière à ses études, et ce sera par ailleurs la seule raison qui lui permettra, par intermittence, de reprendre du poids, dans l’espoir de ne pas être hospitalisée et de pouvoir assurer la rentrée universitaire chaque année.
Elle parle d’ailleurs d’une vision particulière de l’intellect, qui m’a semblé représenter une démarche psychique assez complexe, celle d’un détachement des choses du corps avec celles de l’esprit conduisant à une supériorité intellectuelle qui lui permettait de se sentir en accord avec elle-même, libérée de tout problème. C’est en partie autour de ce schéma que paraît tourner sa maladie.

De toute évidence, les causes de l’apparition de tels troubles peuvent être multiples. En discutant avec Charlotte, j’ai appris que, la plupart du temps, les psychologues ont tendance à rattacher les TCA à un lien problématique de l’enfant avec sa mère, et c’est d’ailleurs ce que les différents psy que rencontre Léa lui font entendre. Comment démêler le vrai du faux quand le malade lui-même ne saurait dire ce qui a déclenché son trouble ?
De mon point de vue, un peu comme pour toute maladie psychologique, les TCA peuvent être engendrés par un savant mélange de plusieurs situations traumatisantes pour la personne. Mais en parallèle est aussi présent ce rapport conflictuel avec soi-même et son corps. Cet enchevêtrement de potentielles causes révèle la complexité de cette situation, et même si rien n’est révélé dans le roman sur ce qui a pu faire sombrer Léa de la sorte, certaines descriptions survenant au début du livre nous laissent entrevoir quelques pistes de réflexion.

Finalement, si l’écriture de ce témoignage m’a parue à certains endroits répétitive, et que j’ai eu parfois du mal à saisir la symbolique de l’utilisation de divers temps narratifs au sein d’un même épisode, les mots de Léa pour décrire ses années d’errance sont véritablement forts et souvent très justes. Je suis vraiment contente d’avoir lu ce livre car, grâce à Charlotte et Léa, je pense maîtriser davantage le sujet des TCA et je peux surtout mieux l’entrevoir et le comprendre.

Comme le dit si bien Léa, et comme me l’a affirmé Charlotte, l’anorexie est autant visible que la boulimie est invisible, et malheureusement la seconde va très rarement sans la première. Le danger rode toujours de penser qu’un proche est guéri, parce qu’il n’est plus aussi maigre qu’il l’était, alors qu’en vérité il est rongé par un autre mal tout aussi pernicieux que le précédent. De ces comportements découlent généralement un besoin affectif et une demande d’attention, et surtout de communication, alors si jamais vous connaissez des proches souffrant ainsi, surtout ne les fuyez pas et tentez de leur montrer que vous êtes là pour eux.

« Puisqu’au final, c’est la seule chose qui compte, donner l’apparence que tout va bien. La boulimie, bien plus que l’anorexie, est la maladie de la dissimulation. »

Je vous invite à lire les premières pages du roman sur le site des éditions City, et à visionner les quelques vidéos de Léa présentant son projet.

En espérant que cet article vous aura donné envie de vous renseigner davantage sur les TCA afin de mieux les comprendre.
N’hésitez pas à partager votre point de vue ou votre expérience en commentaire, le dialogue est une arme puissante 🙂

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La lecture du mois de juillet sera… Alice’s adventures in Wonderland de Lewis Caroll.
Je sens que ce ne sera pas de la tarte…
Il va falloir que je l’emprunte ce weekend, je vais essayer de le lire avant de partir en vacances mais ce n’est pas gagné d’avance !

alice's adventures in wonderland
(La couverture est différente de celle de mon article du challenge, et je n’emprunterai même peut-être pas cette édition, tout dépendra de la disponibilité en bibliothèque quand j’irai le chercher).

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Et n’oubliez pas, il vous reste 5 jours pour voter pour les 2 livres que j’emporterai dans ma PAL de vacances ! 😀
Si vous n’avez pas voté, il est encore temps de le faire ICI !

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25 réflexions sur “#3 Challenge 12 mois/amis/livres : Quand je me suis arrêtée de manger

  1. Whaou, ça a l’air d’être une lecture très forte… Je ne m’identifie pas à ce genre de problèmes parce que je me pèse probablement une fois par année, mais ce n’est pas pour autant que le sujet ne m’intéresse pas, au contraire ! Je pense que je vais le lire. 🙂

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  2. Effectivement ça n’a pas l’air d’être une lecture dont on sort indemne…
    je ne sais pas si je vais me précipiter dessus mais s’il me tombe sous la main je le lirai volontiers 🙂

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  3. Heureuse d’avoir été choisi pour ce défi 12 mois 12 amis !
    Je suis contente que ce livre ait pu te permettre de mieux comprendre ma maladie. En tout cas je vois que tu as tout compris. Je te remercie pour avoir partagé cette expérience avec nous. Et je m’en vais rattraper tout le retard que j’ai sur ton blog ! Et j’ai hâte de découvrir la lecture du mois de juillet sur Alice !

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  4. Bonjour ! Je suis l’auteure de ce témoignage, je te remercie pour cette belle chronique et suis heureuse que cette lecture ait pu te permettre de mieux comprendre la complexité des troubles de ton amie. Je tiens également un blog littéraire sur WordPress et viens de publier mon premier roman : Cris Invisibles. Il est paru sous mon vrai nom, Léa Mauclère était un pseudo pour ce témoignage paru il y a 3 ans. Bonne continuation pour ton défi lecture !

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    1. Bonjour, j’ai justement découvert ton blog au fil de mes recherches il y a quelques jours 🙂
      Mon amie m’a précisé que Léa Mauclère était un pseudonyme il y a quelques jours, au moment où je suis tombée sur ton blog en fait.
      Du coup je retiens le titre de ton roman, si jamais j’ai l’occasion de le lire je n’y manquerai pas !
      Merci d’être passée sur le blog et pour ton commentaire 🙂

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  5. Oh ça a l’air d’être une lecture très forte… Je vais peut-être la rajouter à ma PAL car c’est un sujet qui me touche particulièrement… Merci d’avoir donné ton ressenti. C’est effectivement un sujet très complexe, et je pense que la société actuelle n’aide pas du tout, même inconsciemment, à se sentir mieux.
    Bravo à Charlotte pour son parcours aussi~

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  6. J’ai lu un autre livre qui traite aussi d’anorexie récemment (je suis une fille de l’hiver) et ça m’avait aussi pas mal marqué. Je pense pas relire quelque chose sur le sujet dans l’immédiat parce que c’est quand même costaud >.<
    Kin

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    1. Ouii je le connais de nom, L’ourse bibliophile a écrit une chronique élogieuse sur ce roman, du coup je pense le lire un jour ou l’autre 🙂
      C’est certain que ce n’est pas un sujet que l’on aborde quotidiennement ni même pour se détendre avec une bonne histoire. Il faut attendre le bon moment pour se plonger dans ce genre d’expérience 🙂

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  7. J’ai beaucoup lu sur ce sujet mais pas ce livre la.
    Je pense me le procurer. Comme tu le dis la démarche de se renseigner sur ce sujet est une démarche dont on ne ressort pas indemne.
    Merci de cette chronique 🙂

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    1. N’hésite pas à me conseiller des livres parmi ceux que tu as lu ! Je ne les lirai pas forcément tous ni tout de suite mais je les garderai dans un coin de ma tête. C’était plutôt des essais ou des romans ?
      Je t’en prie, tout le plaisir est pour moi 🙂

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      1. Très souvent des témoignages. Celui que j’ai lu et relu durant mon adolescence c’est Piégée Mémoire d’une anorexique de Marya Hornbacher, il est vraiment très très dur. Ensuite il y a Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger de Justine, Le pavillon des enfants fou de Valérie Valler, Elle n’était pas d’ici de PPDA …
        Recemment il y a Une fille de l’hiver qui est sorti mais je ne me souviens plus de l’auteur, désolée.

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      2. Une fille de l’hiver est dans ma PAL 😀 D’ailleurs la même amie qui m’a prêté le livre de Léa Mauclère va me prêter celui-ci. L’ourse bibliophile en a fait une chronique élogieuse donc je pense que ce sera le prochain livre que je lirai sur le sujet.
        En tout cas je prends note de tes conseils lecture, merci 🙂

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      3. Avec plaisir. Si le sujet t’intéresse vraiment celui de Marya Hornbacher est à mon avis le plus complet et le plus « réaliste » que j’ai pu lire. Tu peux le trouver pour très peu cher sur Priceminister ( je l’ai racheté l’année dernière pour 90 centimes ) 🙂

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  8. Je n’ai pas lu le livre sur les TCA. Mais je voulais juste apporter une petite précision par rapport à l’âge où ce type de maladie peut survenir. On lit souvent que cela débute à l’adolecscence, mais malheureusement il y a des cas + tardif, tout comme il y a des hommes qui peuvent en souffrir.

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