Prix Farniente 2016 : mini chroniques d’une sélection riche en découvertes

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Je reviens avec un article « multi-chroniques » pour vous présenter les quatre livres qui composent la sélection « Basket Jaune » 2016 du prix Farniente.
Si je vous parle de cette sélection, c’est parce que je l’ai choisie pour l’étude d’un prix littéraire à réaliser dans le cadre de mon master.

Au programme de la Basket Jaune (13 ans et plus) de l’année dernière, il y avait donc 4 livres au genre et au thème fortement similaires, car ils abordent tous, par un prisme historique ou social, la quête identitaire et le voyage initiatique.
Vous le savez déjà (mais je ne me lasse pas de le répéter), j’adore les romans historiques, et c’est ce qui a grandement déterminé mon choix qui s’est porté sur cette sélection en particulier parmi tant d’autres.

Quatre livres, et quatre auteurs que je ne connaissais pas ou que de nom, donc je suis ravie d’avoir pu étendre mon champ de connaissance de la LJ grâce à cette sélection ! 🙂
Le lauréat est Là où naissent les nuages d’Annelise Heurtier, et je profiterai de ces petites chroniques pour vous parler de mon choix si j’avais dû élire l’un de ces romans.

Par ailleurs, ces quatre livres sont récents puisqu’ils sont tous sortis en 2014 ; le comité de lecture du prix fait toujours en sorte de sélectionner des textes publiés lors d’une même année civile.

C’est parti pour les mini chroniques 😀

product_9782070658831_244x0Mon père est parti à la guerre de John Boyne (Gallimard Jeunesse, 2014)

La guerre de 14-18 vue à travers les yeux d’un enfant qui part à la recherche de son père, soldat, dont il n’a plus de nouvelles.

J’ai l’impression que l’écrivain irlandais John Boyne affectionne particulièrement les témoignages de la guerre mettant en scène des enfants, car c’est également le sujet de deux autres de ses romans, Le Garçon en pyjama rayé (2009) et Le garçon au sommet de la montagne (2015).

Ici, on suit le quotidien d’Alfie qui voit la guerre se déclarer le jour de ses quatre ans. S’ensuivent des années de privation, durant lesquelles il aide en secret sa mère en allant cirer des chaussures à la gare de King’s Cross. C’est dans cet environnement foisonnant que, de rencontres en rencontres, il va petit à petit récolter de précieuses informations qui lui permettront de retrouver son père.

La détermination d’Alfie et son grand courage en font un personnage pour le moins attachant. Son enquête et le voyage qu’il entreprend pour retrouver son père représentent un affranchissement, une sorte de rite de passage qui le fait définitivement grandir et achève d’affirmer ses propres décisions.
Le texte est simple, efficace, découpé en chapitres aux titres assez singuliers qui m’ont beaucoup intriguée car ils sont en décalage avec le contenu (j’ignore si c’est un trait propre à l’écriture de John Boyne, je ferai la comparaison en lisant ses autres ouvrages).

J’ai beaucoup apprécié ce livre, notamment parce que l’histoire se penche sur une conséquence particulière de la guerre : la psychose traumatique. À l’époque, cette maladie n’était absolument pas reconnue comme telle, et il a fallu attendre longtemps pour que la médecine mette en œuvre de véritables traitements pour s’occuper de ces soldats terrassés par la violence de la guerre.

Un récit poignant, que j’aurais sans doute choisi en tant que lauréat de cette sélection.
À vrai dire, j’aurais beaucoup hésité (et j’avoue que j’hésite toujours) entre ce livre et Là où naissent les nuages, car les deux ont de réelles qualités. S’il n’a pas été primé, je pense que c’est en partie à cause de l’âge du héros, qui a 9 ans au moment des faits énoncés, ce qui ne favorise sans doute pas l’illusion référentielle, sachant que la tranche d’âge de cette sélection commence dès 13 ans. Le thème de la guerre n’était peut-être pas non plus le critère de préférence des lecteurs.

En tout cas, je recommande vivement cette lecture à tous ceux qui ne connaissent pas John Boyne ! J’ai d’ores et déjà inscrit tous ses autres livres sur ma wishlist, car j’ai vraiment envie de découvrir davantage l’œuvre de cet auteur.

51ruky+QsJL._SX339_BO1,204,203,200_Les trois sœurs et le dictateur d’Élise Fontenaille (Le Rouergue, 2014)

Un fait historique romancé sous couvert de quête d’identité.

Ce très court roman, dont l’histoire se déroule dans les années 60 en République dominicaine, est également un témoignage qui se concentre cette fois sur l’histoire des sœurs Mirabal, lâchement assassinées pour s’être opposées au régime dictatorial de Trujillo (qui dura de 1930 à 1961).

L’exploration de ce fait historique est amené par le personnage de Mina, qui se rend en République dominicaine pour découvrir le fin mot sur la vie de ses ancêtres (l’une des sœurs Mirabal était sa grand-mère). Elle rencontre la seule personne de la fratrie a avoir échappé à l’attentat, sa grand-tante Adela, qui lui fait tout le récit de l’engagement des sœurs Mirabal jusqu’à leur mort.

Mina, accompagné par son cousin Antonio qui constitue l’élément embrayeur permettant cette rencontre, se fait alors pour nous le témoin indirect des événements. La progression de l’histoire est linéaire, partagée en courts chapitres qui entretiennent la tension narrative. Les liens qui se tissent entre la jeune fille et la vieille Adela sont très touchants, et le texte émouvant ne laisse pas indifférent.

Comme tout récit d’actes de résistance aux convictions inaltérables, cette lecture m’a beaucoup touchée, tant pour le courage des sœurs Mirabal que pour l’injustice de leur sort. Il appelle aussi à prendre conscience de l’importance de la transmission de l’histoire familiale, et du besoin de chacun de savoir d’où il vient pour se construire. Ce livre a fait écho à ma lecture de Sophie Scholl, non à la lâcheté aux éditions Actes Sud Junior qui traite du même sujet (et dont je vous parlerai bientôt).

J’ai regretté néanmoins que le texte ne nous informe pas davantage sur l’arrivée au pouvoir de Trujillo et les autres conséquences de sa dictature. Mais cela ne m’a pas empêchée de me renseigner sur internet !

Un beau roman qui se lit très vite et nous éclaire sur une Histoire peu mise en avant. Il pourrait d’ailleurs servir d’outil pédagogique en lien avec le programme de 3e sur les guerres totales et les régimes totalitaires, afin d’étendre les perspectives des élèves.

LeLabyrintheVersLaLibertéLe labyrinthe vers la liberté de Delia Sherman (Hélium, 2014)

Une incursion dans l’Histoire et le passé, au temps de l’esclavage.

Par un tour de magie qui emprunte volontairement à l’univers d’Alice au pays des merveilles, ce roman nous emmène aux côtés de Sophie, 13 ans, au cœur du 19e siècle dans une plantation de cannes à sucre, vivre le quotidien des esclaves de Oak Cottage.

Le merveilleux est ici prétexte au voyage dans le passé, un voyage initiatique qui sert de leçon d’histoire mais aussi de leçon de vie à la jeune Sophie, perdue dans une situation familiale instable et qui s’ennuie déjà à l’idée de passer l’été chez sa tante.
Le roman joue avec lieu commun de l’enfant qui demande à s’aventurer au dehors du monde réel ; Sophie ne cesse de demander à la créature (parent proche du Chat de Cheshire) qui l’a envoyée cent ans en arrière quand prendra fin son aventure, puis peu à peu elle s’inscrit dans le cadre historique et social dont elle fait l’expérience, jusqu’à presque oublier d’où elle vient.

Cette expérience donne à voir de belles et attachantes rencontres avec des personnages au caractère d’autant plus fort que leur quotidien est rude. C’est aussi l’occasion pour Sophie de jouer un véritable rôle dans le passé qu’elle explore et dans lequel elle laisse sa trace. L’aventure étalée dans le temps mais qui ne dure en réalité que quelques heures (tout comme Alice qui se réveille de son rêve) est le moyen pour l’héroïne de s’affirmer, de forger sa personnalité, et figure la métaphore de son passage de l’enfance à l’âge adulte.

J’ai beaucoup apprécié la sensibilisation à l’esclavage portée par ce roman, sans que ne soit fait étalage d’une morale convenue. J’ai néanmoins trouvé certaines parties un peu longues, et quelques détails de narration peu clairs. Il réussit cependant son objectif de transporter le lecteur dans un petit bout d’Histoire et de l’amener à réfléchir sur les méfaits des hommes.

9782203080522Là où naissent les nuages d’Annelise Heurtier (Casterman, 2014)

L’émancipation au moyen d’un voyage tourné vers l’ailleurs.

Ce roman nous amène à suivre Amélia, une ado complexée et en quête de légitimité, qui entreprend un voyage vers la Mongolie pour faire du bénévolat dans une organisme humanitaire.

C’est donc le lauréat de cette sélection Basket Jaune. Comme je l’ai dit plus haut, mon cœur balance entre celui-ci et Mon père est parti à la guerre. Bon, et puis après tout, pourquoi n’aurais-je pas le droit d’élire deux livres, hein ?

Ce roman m’a permis de découvrir la jolie plume d’Annelise Heurtier, à l’intertextualité très riche, jouant avec la syntaxe, et qui m’a appris au moins une quinzaine de mots rares que je n’avais jamais vus nulle part. Ce n’est pas souvent qu’il m’arrive de lire des textes et d’avoir besoin de regarder dans le dictionnaire, ça m’a beaucoup plu !

Le personnage d’Amélia est plein d’auto-dérision, ce qui donne une lecture très drôle et légère. Mais au-delà, on fait face avec elle à la misère qui règne dans les bidonvilles et la détresse des enfants recueillis à qui l’on tente de donner une vie plus digne. Le récit met en lumière le parcours moral d’Amélia et sa prise de conscience permise grâce à cette expérience peu commune qui l’entraîne hors de sa zone de confort.

Sans doute les lecteurs qui ont voté pour ce titre se sont-ils reconnus dans l’énonciation du discours qui place Amélia en narratrice dont on se sent tout de suite très proche, ainsi que dans le texte court et fluide, qui met en scène l’archétype d’un ado mal dans sa peau qui va finalement réussir à s’engager sur le juste chemin de sa construction personnelle.

J’ai beaucoup aimé ce roman, excepté un détail de la fin de l’histoire (un brusque doute sur l’identité du père biologique de l’héroïne), qui survient soudainement et instaure une tension narrative quelque peu superflue et qui m’a semblé inutile pour appuyer la portée réelle du texte.
Cela mis à part, ce fut une bien belle découverte, et j’ai très très envie de découvrir les autres œuvres de l’auteur !


J’espère que ce concentré de petites chroniques (pas si petites que ça, d’ailleurs) vous a plu 🙂

N’hésitez pas à partager en commentaire vos impressions sur les livres, si vous les avez lus, ou bien à me dire ceux qui vous tentent 🙂

Je rassemble ici les autres livres de John Boyne et d’Annelise Heurtier que j’ai ajouté à ma wishlist et qui me font envie :

Quelques mots sur le prix Farniente :

Le prix Farniente, qui se déroule en Belgique, a été créé en 2000 par des bénévoles et s’attache depuis maintenant 17 ans à communiquer aux jeunes le plaisir de lire, en leur donnant la parole et en organisant des journées festives de remise du prix ainsi qu’un jeu autour de chaque édition.

Les bénévoles ont également mis sur pied un projet d’enregistrement d’audio-livres que je salue bien bas, pour que les ados malvoyants puissent avoir accès aux titres sélectionnés par le prix.

https://www.prixfarniente.com/

N’hésitez pas à faire un tour sur leur site internet, vous y trouverez la liste complète des précédentes sélections ainsi que d’autres recommandations de livres dans lesquelles vous pourrez piocher des idées lecture 🙂
Si vous êtes enseignant ou jeune lecteur, n’hésitez pas à non plus à vous inscrire l’année prochaine pour participer au prix, même si vous n’habitez pas en Belgique ! L’équipe est très enthousiaste et le partage est avant tout le maître-mot 🙂

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4 réflexions sur “Prix Farniente 2016 : mini chroniques d’une sélection riche en découvertes

  1. J’entends beaucoup de bien de Envole moi, je risque de me laisser tenter à force, il a l’air très beau et émouvant ! 🙂
    (au fait je parle en quelques lignes de ton adorable blog sur mon dernier article (qui est un peu long ahah) ) bisous !

    J'aime

    1. Haha, si ça se trouve on finira par le lire presque en même temps ! x) Ce serait marrant 😛
      Ouii je viens de voir ça, et je te remercie beaucoup, ça m’a touchée :’) Je suis ravie que cette chronique de Bichon t’ait plu !
      Bisous 🙂

      J'aime

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